(Last update : Wed, 8 Sep 1999)
[ Internet et PME ]

6.1.1.2 Les innovations radicales proviennent quasiment toujours d'entreprises nouvelles, qui seront les leaders de demain

Les innovations majeures ne viennent que rarement des structures établies (que l'on nomme communément par un terme popularisé par JM. Billaut les "Empereurs") car celles-ci sont souvent prisonnières de structures lourdes, de personnel mal préparé à une mutation radicale, d'un réseau de distribution qui paralyse les changements commerciaux rapides,...et bien souvent elles ne développent une activité Internet que de façon marginale

La prestigieuse Encyclopaedia universalis a manqué sombrer : la nouvelle direction a du revoir de fond en comble son business model: le coût de l'encyclopédie (CD-Rom + Internet) est passé de 9.400Fpour l'édition papier à 1.980F, la version électronique représentant néanmoins 64% du chiffre d'affaire.

L'affaire est de nouveau bénéficiaire mais le nombre de courtiers est passé de 200 à 30. Par contre l'encyclopédie est maintenant réactualisée en profondeur tous les ans contre un léger lifting tous les 5 ans précédemment

Ken Olsen, un précurseur dans le manque de vision, président de l'alors puissant Digital equipment déclarait au début des années 1970 "je n'arrive pas à trouver une seule raison pour laquelle quelqu'un voudrait avoir son propre ordinateur.."

la plupart des présidents des grands groupes ont eux-mêmes récemment avoué que leur entreprise n'avait pas pris la mesure à temps de l'ampleur de cette évolution (IBM, Hewlett-Packard, Ericsson, Compaq..., des entreprises françaises pourraient également être citées...) ou avaient reculé devant l'ampleur des remises en cause nécessaires

"ces dernières années nous n'avons pas tout fait pour devenir un leader dans ce domaine et nous avons eu tort" Lewis Platt Président de Hewlett-Packard

Thomas Middelhoff
nouveau président de Bertelsmann déclarait à l'été 1999 "l'Internet n'est pas une nouvelle activité comme je le pensais,...il va transformer radicalement notre manière de travailler, les règles du jeu changent, il nous faut une nouvelle culture"

Merrill Lynch n'a proposé qu'en juillet 1999 un service en ligne à ses 5 millions de client en divisant par 10 ses tarifs de courtage 29,95$ au lieu de plusieurs centaines selon le montant précédemment (et elle a du pour cela acquérir la start-up DE. Shaw pour 25 M$)

Le Chicago Board of Trade qui effectue encore 95% de ses transactions sur le parquet n'a décidé qu'à l'été 1999 de basculer sur un marché électronique et parce qu'il était sous la menace de william Porter, fondateur d'e-trade, qui projette de lancer un marché des options sur action avec des coûts de transaction beaucoup plus bas

C'est un euphémisme de dire que ni les grandes banques, ni les grandes maisons de disque, ni les leaders de la distribution pharmaceutique n'ont été les visionnaires de leur domaine


"dip toe in the water strategy doesn't work" dit l'adage

Aussi de plus en plus de grands groupes, après une première phase de mépris pour ces jeunes étudiants, prenant la mesure du danger, commencent à créer des fonds de "corporate venture" pour être présents au capital de ces nouveaux venus, sans les étouffer prématurément dans leurs lourdes structures en les rachetant :

Vivenditure (Vivendi associé à d'autres industriels européens et américains), Auriga (Rhône-Poulenc, Danone, AXA), Innovacom (France Télécom), Dassault développement, Thomson CSF Venture, Flavius investissement (LVMH), Club de développement (Pinault Printemps Redoute),Europ@web (groupe Arnault), @viso (Vivendi, et le groupe japonais Softbank de Masayochi Son)

D'autres comme Thomson, Hewlet Packard ou IBM, encouragent les "spin-off" et Toyota a créé une société totalement en marge des structures (VVC :Virtual Venture Company) avec une quarantaine de jeunes cadres (moyenne d'age 36 ans) pour créer éventuellement une nouvelle marque plus "jeune" échappant ainsi aux réseaux traditionnels et capable de mieux tirer parti des nouvelles possibilités offertes par l'internet

"nous encourageons également la filialisation de certaines découvertes, les start-up étant plus à même de lancer rapidement des produits commerciaux" Paul Horn, patron de la R&D d'IBM : au début des années 1990 une étude interne avait montré que moins de 5% des travaux de recherche débouchaient sur le marché


On peut effectivement constater que tous les leaders dans les secteurs nouveaux sont de jeunes entreprises "qui ne pensent qu'à ça" (les "barbares") qui n'ont pas d'inertie interne à vaincre, qui n'ont rien à perdre et qui bousculent allègrement les structures établies : Amazon.com, e-trade, allappartment.com, Dell computer, Onsale, Autobytel, Yahoo! Worldcom, Cisco, AOL, e-bay, e-loan,...

La même semaine une PME de quatre ans d'âge, Excite, se vendait plus cher (6,7 milliards de dollars) qu'une grosse entreprise centenaire très convoitée, Volvo (6,3 milliards de dollars) et Yahoo!, après avoir absorbé Geocities, atteint la même valeur que BNP et Paribas réunis tandis que symboliquement AOL avec 63 milliards de dollars dépassait Disney (61 milliards malgré un chiffre d'affaires 10 fois plus élevé) et que Microsoft (261 milliards) prenait la tête du classement mondial devant General Motors ("seulement 257 milliards). Début juillet 1999 Microsoft a dépassé pendant quelques séances la barre des 500 milliards


En juin 1999 Freeserve, fournisseur d'accès britannique gratuit, créé le 22 septembre 1998, vaut 9 mois après sa création presque aussi cher que le plus gros sidérurgiste européen né de la fusion de British Steel et de Hoogoven

Une expression a vu le jour pour décrire ce phénomène :"to be Amazoned"

Il serait très dommageable pour notre économie que tous les "barbares" soient étrangers.

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