Memorandum présenté
par la France aux Etats-membres de l'Union européenne lors des Conseils
du 26 février 1998 (Télécommunications) et du 9 mars
(Ecofin)
Créer un environnement communautaire et international
pour developper le commerce électronique
Le présent document de travail a été préparé
dans le cadre de réflexions interministérielles françaises
sur le commerce électronique et de l'élaboration du
programme d'action gouvernemental pour la Société de
l'information. Il s'inscrit dans les réflexions communautaires les
plus récentes. Son objectif est de suggérer plusieurs pistes
concrètes en vue de stimuler une croissance forte du commerce électronique
en Europe. Ces propositions portent sur la promotion dun
environnement favorable aux nouvelles activités économiques
qui en dériveront, tant sur le plan de l'achèvement du
marché intérieur que sur celui des négociations
internationales.
Ce document ne propose pas de solutions concrètes à
lensemble de ces questions en tant que telles. Son objectif est
dinviter lUnion européenne et les Etats membres à
rechercher le plus grand accord au plan communautaire et
international sur les questions à résoudre rapidement
afin daboutir à la création dun marché sans
frontières du commerce électronique, compatible avec
les préoccupations dintérêt général
au cur des traditions européennes.
1. Le commerce électronique, une chance à
saisir pour les entreprises, les consommateurs, léconomie
et les cultures européennes.
Si le commerce électronique n'est pas un phénomène
nouveau, il se transforme rapidement, sous limpulsion de
l'Internet, en une trame dactivités commerciales
mondialisées entre un nombre croissant de participants, au
point que le réseau nest plus un simple canal de
transmission de données mais devient lui-même le marché. Même
si le rythme de développement de ce mode déchanges
fait lobjet de prévisions contrastées, il est
difficilement contestable que lémergence d'une "place
de marché mondiale" constitue une opportunité majeure pour léconomie
européenne, à condition que le dynamisme du marché
et de l'industrie puisse pleinement s'exprimer.
2. Le commerce électronique, un levier pour l'achèvement
du marché intérieur européen et pour
l'introduction de l'euro.
Les principaux concurrents de lEurope saisissent
d'ores et déjà avec détermination les opportunités
offertes par le commerce électronique.
Pour sa part, lEurope dispose dune base
technologique très solide, tant sur le plan des
infrastructures que des contenus. Ses exploitants de télécommunications
(traditionnels et nouveaux acteurs) sont puissants, son
infrastructure de base est très fiable, même s'il
convient de poursuivre les efforts pour s'adapter à la croissance prévisible
des échanges, l'offre technologique en nouvelles technologies
est solide et le développement du contenu multimédia,
essence même du commerce électronique immatériel,
est un atout majeur de lEurope, qui dispose également de
contenus multilingues et d'une connaissance approfondie de la
diversité du goût des consommateurs.
En outre, la capacité de pratiquer le commerce électronique
avec une monnaie unique, leuro, sur le plus grand marché
unique du monde apportera des avantages concurrentiels considérables
aux entreprises européennes. La transparence des prix résultant
de leuro encouragera le recours au commerce électronique
qui, en retour favorisera la transition vers leuro.
Le passage à leuro va conduire à une
ouverture plus large des marchés par suppression des risques
liés à la monnaie et par la transparence accrue des
prix. Le commerce à distance sera sans doute lun des
meilleurs moyens de tirer parti de cette opportunité, notamment
pour les PME.
Ces opportunités ne demandent quà être
exploitées. Elles seront très probablement à
terme créatrices demplois, notamment dans les domaines à
haute valeur ajoutée. Pour les saisir, il faut que lenvironnement
soit favorable à leurs développements. Cela implique
tout dabord une accélération des processus déjà
engagés tant au niveau européen qu'aux niveaux
nationaux pour adapter le cadre législatif et réglementaire
communautaire des activités commerciales.
3. Mais pour que les espoirs suscités par le commerce
électronique deviennent réalité, il faut créer
les conditions pour que les acteurs (clients et fournisseurs)
puissent y intervenir en toute confiance.
Ceci implique d'abord que la qualité du "coeur
de réseau" européen ("backbone") soit
suffisante pour assurer les opérateurs (clients et offreurs)
de la qualité nécessaire au développement du commerce électronique,
mais surtout que les règles internationales qui régissent
lactivité commerciale subissent des ajustements
importants, imposés par la dématérialisation des
échanges, la perméabilité accrue des frontières et lévolution
des technologies.
Or, le commerce électronique fait aujourdhui lobjet
dune activité internationale intense mais morcelée
entre une multitude de forums, bilatéraux et multilatéraux,
de sujets et dintervenants.
Plusieurs textes adoptés au niveau communautaire (par
exemple, la directive sur la protection de la vie privée et
des données personnelles ou la directive sur les contrats de
vente négociés à distance) ainsi que les
conclusions de la Conférence ministérielle de Bonn tenue
en juillet 1997, posent les premières bases d'un cadre harmonisé
pour le développement du commerce électronique ainsi
que le fondement dune position internationale de lUnion
européenne. Ce mouvement doit être complété
dans un certain nombre de domaines, comme la signature numérique
ou la monnaie électronique, et, surtout, être accompagné
de la définition dune "vision" communautaire
forte du développement du commerce électronique.
Aussi paraît-il urgent de définir au niveau
communautaire non seulement une doctrine pour mettre en place un
cadre réglementaire qui stimule le commerce électronique
européen, mais également une stratégie européenne
pour lapproche des discussions internationales qui se succèdent
aujourd'hui de manière très rapide.
Ce document est ainsi destiné à fournir une
base de travail dans les trois directions suivantes :
1 - définir un cadre général de
principes permettant de stimuler le commerce électronique ;
2 - établir une liste des actions prioritaires au
niveau européen ;
3 - contribuer à la préparation d'une position
européenne commune à défendre lors des
prochaines négociations internationales.
1 - Principes généraux
Le cadre du marché unique a favorisé le développement
des formes traditionnelles dentreprises au sein de lUnion
européenne. Il doit être adapté, lorsque cela est
nécessaire, pour favoriser également le commerce électronique,
dans le respect de quelques principes de base.
a. Le développement du commerce électronique
repose sur l'initiative privée
Lexpansion du commerce électronique ne peut
se réaliser que sous limpulsion du marché.
Aussi, le secteur privé doit continuer à jouer son
rôle de premier plan dans l'innovation, le développement
des services, l'accroissement du nombre des participants et la baisse
des prix que l'on peut attendre dun espace où joueront
les lois du marché. Les industries européennes auront
naturellement un rôle primordial à jouer dans le
processus de normalisation, la protection des intérêts
des consommateurs ainsi que la promotion et le respect de normes éthiques,
par des mécanismes autorégulateurs efficaces.
b. Il revient aux Etats et aux autorités
communautaires de réaliser les adaptations juridiques nécessaires
pour que le commerce électronique se développe dans un
cadre inspirant confiance aux acheteurs comme aux vendeurs.
Toute activité de commerce électronique
suppose qu'un lopérateur se lance dans une activité
économique, fasse la promotion de ses produits et assure leur
vente et leur financement. Or, cette chaîne d'opérations
relève du processus habituel de la transaction commerciale et
n'implique pas nécessairement de nouvelles législations.
Lintervention législative et réglementaire
doit garder un caractère minimal et privilégier une
collaboration internationale pour favoriser lapplication des
droits existants.
· C'est pourquoi
l'application du droit positif communautaire ou des droits nationaux
des Etats-membres doit être privilégiée dès
lors que ceux-ci assurent une protection suffisante du consommateur
et du commerçant.
· S'il est avéré
que dans certains domaines, les droits nationaux des Etats-membres
ou la législation communautaire entraînent une
fragmentation du marché européen entravant le développement
du commerce électronique, un effort de simplification et
d'harmonisation devra être entrepris.
· Compte tenu du caractère
très évolutif des techniques et des pratiques mises
en uvre, la définition de codes de bonne conduite
définis et mis en uvre par les acteurs privés,
doit être encouragée.
c. Le développement du commerce électronique dépend
dans une large mesure de la qualité des infrastructures
Parce que les entrepreneurs se localiseront là où
l'environnement général est le plus performant, il est
important que les Etats et les autorités communautaires
prennent les initiatives nécessaires à l'amélioration
constante de la qualité de service sur les réseaux, ainsi
qu'au développement des technologies et applications liées
au commerce électronique.
Les opinions des Etats peuvent varier en ce qui concerne
le degré de priorité des actions à entreprendre ou à
conclure. Toutefois, certaines questions peuvent dores et déjà
être considérées comme nécessitant lattention
urgente de la communauté européenne et internationale.
2 - Les domaines d'action
L'ampleur des bénéfices que lEurope
tirera du commerce électronique et la rapidité avec
laquelle ces bénéfices se dégageront vont dépendre,
en grande mesure, de lexistence dun cadre réglementaire
qui réponde parfaitement aux attentes des entreprises et des
consommateurs.
Le commerce électronique soulève des questions
qu'on peut classer en deux catégories, en regroupant, dune
part, les aspects touchant directement à la réalisation
de transactions par voie électronique et, dautre part,
les questions d'ordre général, liées au développement
de la Société de l'information, qui dépassent le
cadre du commerce électronique mais ont des répercussions
importantes sur celui-ci.
1) Les questions spécifiques au commerce électronique
a) Faciliter la conclusion de contrats par voie
électronique et sécuriser les transactions
Comme toute activité naissante, le commerce électronique
suscite logiquement des craintes qui sont d'autant plus fortes que
les échanges sont transfrontaliers, étant donné
labsence d'un cadre juridique et réglementaire harmonisé.
Ces préoccupations portent notamment sur l'identité et
la solvabilité des fournisseurs, leur emplacement physique,
l'intégrité de l'information, la protection des données à
caractère personnel, lexécution du contrat, la
fiabilité des paiements, etc.
La priorité absolue, aussi bien pour l'industrie que
pour les gouvernements, est donc d'aider à établir
la confiance dans les instruments et les réseaux de commerce électronique.
Les technologies sûres, telles que les signatures numériques
et les moyens de paiement électronique protégés
sont, pour la plupart, disponibles et de plus en plus utilisées
commercialement. Cependant, le cadre indispensable à l'usage
de ces technologies reste imprécis.
Il est donc impératif dadapter les règles
commerciales à la réalité du commerce électronique.
Sur ce point, les priorités concernent :
- la signature numérique : La valeur
de preuve de documents numérisés suscite des
interrogations. Pour être pleinement exploitées, les
potentialités du commerce électronique supposent donc
que des solutions satisfaisantes soient apportées, en matière
d'authentification, de sécurité et de confidentialité
des transactions et, par ailleurs, que napparaisse pas de
maillon faible dans les pays où la protection s'avérerait
insuffisante.
Aussi, la définition rapide des critères
techniques simples et répondant aux besoins réels
du marché, auxquelles doivent répondre la signature
numérique ainsi que les autorités de
certification, constitue-t-elle une priorité.
De plus, le recours systématique à la
signature électronique pour les transactions commerciales
impose une compatibilité des infrastructures de clés
publiques au sein de lUnion européenne. Il est donc nécessaire
de disposer au plus vite d'une directive sur la reconnaissance
mutuelle des autorités de certification de ces clés.
- la protection du consommateur : certains
aspects du droit de la consommation doivent dêtre
adaptés aux spécificités nouvelles du commerce électronique.
En la matière, deux principes sont intellectuellement
envisageables : droit du pays dorigine (où est située
lentreprise prestataire) ou droit du pays daccueil (où
le consommateur a sa résidence).
· En ce qui concerne
le droit applicable au sein de l'Union européenne, l'état
actuel d'harmonisation des droits nationaux conduit à des
niveaux de protection hétérogènes. Une
harmonisation plus poussée s'impose. On ne peut livrer le
consommateur à la divergence de quinze droits nationaux et le priver
de dispositions impératives d'ordre public en matière de
droit de la consommation.
Il convient donc de retenir comme droit applicable
celui du pays où le consommateur possède sa résidence
habituelle, lorsque cela est approprié, dans l'attente d'une
harmonisation de haut niveau qu'il convient d'encourager fortement .
Pour ce qui concerne les relations avec les Etats-tiers,
le principe doit demeurer celui du droit du pays daccueil
afin d'éviter de créer un élément d'insécurité
pour l'acheteur, susceptible d'entraver le développement du
commerce électronique.
· Les différentes
directives en matière de services financiers (banques,
bourse, assurances) organisent un certain équilibre entre le
producteur de services, qui bénéficie de la libre
prestation de services et le consommateur qui continue, souvent, de
bénéficier de clauses protectrices relevant du droit
du contrat de son pays. Le développement du commerce électronique
risque de modifier cet équilibre et, par conséquent,
l'acquis communautaire. Aussi apparaît-il nécessaire
de réaffirmer, dans le cadre des travaux portant sur la
directive relative aux services financiers négociés à
distance, le principe du droit du pays daccueil.
· Labsence
d'harmonisation relatives aux règles encadrant les pratiques
promotionnelles (annonces de rabais, ventes avec primes,
jeux/concours/loteries) constitue potentiellement un obstacle au développement
du commerce électronique transfrontière qui,
inversement, ouvre un moyen de les contourner. Il convient de réexaminer
la pertinence du maintien d'un droit communautaire non harmonisé
au regard des possibilités nouvelles offertes par le commerce
électronique. Il convient également que les méthodes
de référencement et d'indexation soient
totalement neutres du point de vue de la concurrence.
- les systèmes de paiement électronique
:
· Le développement
du commerce électronique est subordonné à lexistence
de systèmes fiables de paiement électronique. L'émission
de monnaie électronique constitue en effet à la fois
une des conditions permissives et une des conséquences du développement
du commerce électronique.
La Commission, lInstitut monétaire européen
et les États-membres réfléchissent
actuellement au cadre le plus approprié pour superviser lémission
de monnaie électronique. Ces réflexions
doivent aboutir rapidement.
· Une attention particulière
devra être apportée aux expérimentations de
paiements électroniques sur l'Internet actuellement en
cours.
Celles-ci ont en commun de fournir les outils de
sécurité des transactions et d'authentification des parties
prenantes à l'opération, nécessaires à
l'établissement d'un climat de sécurité du
commerce électronique. Leur définition et leur mise en uvre
constituent également une opportunité pour le développement
de transactions en euros dès 1999, ce qui contribuera à
une acceptabilité rapide de la monnaie unique.
Aussi, le développement de ces produits et expérimentations
devra être soutenu par les Etats-membres et lUnion
européenne avec pour objectif, soit d'aboutir à
une solution européenne commune, soit, au minimum,
de réaliser une parfaite interopérabilité entre
les différentes solutions qui émergeront sur le marché.
Il convient d'ajouter qu'il sera rapidement nécessaire
d'aboutir à des accords pour la définition de
standards au niveau mondial.
b - Garantir la clarté et la neutralité de
lenvironnement douanier et fiscal
- Les règles douanières : le principe
doit être réaffirmé qu'aucun droit de douane
supplémentaire ne sera appliqué lorsqu'un bien est
commandé par voie électronique. Il serait en outre
souhaitable dobtenir un consensus international sur le fait que
les services fournis par voie électronique continueront de nêtre
pas soumis dans lavenir à des droits spécifiques.
Par ailleurs, au titre de la facilitation du commerce, devront être
examinées des voies de simplification des procédures
douanières applicables ainsi que la définition de données
minimales de dédouanement.
- Les règles fiscales : la certitude
juridique (clarté, transparence et prévisibilité
des obligations fiscales) et la neutralité des régimes
fiscaux (absence de charge supplémentaire sur les nouvelles
formes de commerce par rapport aux activités traditionnelles)
sont indispensables au développement du commerce électronique.
Les taxes indirectes existantes, en particulier la
TVA, sappliquent manifestement aux échanges électroniques
de biens et de services au même titre que pour le commerce
traditionnel. Il est donc exclu dintroduire de nouveaux impôts
tel qu'une taxe sur les bits.
La vitesse et lanonymat potentiels qui caractérisent
les transactions électroniques offrent de nouvelles possibilités
de délocalisation de la matière imposable, voire de
non-taxation de certaines transactions, qui résultent
essentiellement de la difficulté pratique dapplication
du droit fiscal national sur un réseau mondial. Il convient
donc de trouver des solutions à ces problèmes afin de protéger
les intérêts des États en termes de recettes
fiscales et de prévenir les distorsions du marché.
La nature des transactions considérées
impliquera, dans certains cas, de s'aligner sur le régime TVA
des prestations de services si l'on souhaite éviter à
la fois la non-taxation et la double taxation. Cette situation
pourrait conduire à modifier la 6ème directive TVA.
c - Favoriser la création d'entreprises
Le développement du commerce électronique
ouvre un champ considérable aux initiatives des innovateurs et
créateurs d'entreprise. Il est essentiel qu'il s'accompagne de
la démultiplication de nouvelles activités génératrices
de savoir-faire et d'emplois. L'Union européenne devra favoriser
les initiatives (juridiques, financières, fiscales, pédagogiques...)
favorables à la création d'entreprises, à l'acceptation
et à la rémunération de la prise de risque.
2) Questions générales liées au développement
de la Société de l'information
Il sagit des questions dont la portée dépasse
le cadre du commerce électronique mais qui ont un impact
important sur celui-ci. Les sujets concernés sont
principalement :
a - la protection des données personnelles et
de la vie privée : des différences
significatives en matière de protection des données
entre Etats, qui reflètent plus largement des traditions
historiques différentes en ce domaine, pourraient entraver les
échanges électroniques.
LUnion européenne a adopté une directive
sur la protection des personnes physiques à légard
du traitement des données à caractère personnel
et de la libre circulation des données.
Cette directive, dont la transposition dans le droit
des Etats-membres doit être achevée en octobre 1998, réglemente
notamment les transferts de données à destination des
Etats tiers.
La prise en compte des effets de cette directive
sur les échanges électroniques avec les Etats ne disposant pas
de protection des personnes physiques aussi élaborée
doit être examinée à la lumière des développements
récents du commerce électronique.
Par ailleurs, afin dencourager les possibilités
de personnalisation de l'offre que permet le commerce électronique,
il convient de favoriser les systèmes technologiques
permettant de dissocier l'établissement du profil des
consommateurs, de leur identification, qui doit demeurer protégée.
b - la sécurité des transactions :
en ce domaine, tout effort concerté au niveau
communautaire doit nécessairement aboutir à un
compromis entre les besoins de protection demandés par les
acteurs économiques et les nécessités de la sécurité
publique. Cet effort est nécessaire afin de fluidifier les échanges
électroniques mondiaux. Un effort de concertation et d'échanges
d'expériences doit être mené au sein de lUnion
européenne afin de permettre, dans le respect des réglementations
nationales, un minimum d'interopérabilité et de
confiance mutuelle.
c - les noms de domaine : si chacun convient
que la gestion des noms de domaines nationaux doit rester du ressort
de chaque pays, le caractère universel de l'Internet impose une
gestion internationale, aussi transparente et neutre que possible, de
la définition et de l'attribution des noms de domaines "génériques"
(gTLD). Les propositions récemment formulées par
l'administration américaine doivent conduire les Etats-membres
à affirmer rapidement leur position.
Le désengagement des gouvernements de la gestion opérationnelle
des domaines génériques et l'introduction de la
concurrence dans l'enregistrement de noms de domaines génériques
constituent un progrès. Il convient de rester attentif à
ce que la forme que prendra cette ouverture au marché ne se
traduise pas, dans les faits, par une distorsion de la concurrence au
profit de quelques acteurs dominants.
Les noms de domaines génériques posent également
des problèmes du point de vue de la protection de la
propriété industrielle. Il importe que les modes de
résolution d'éventuels conflits dans ce domaine évitent
de donner a priori la prééminence à un système
de droit national donné sur ceux des autres pays du monde.
L'architecture générale de la réforme
des noms de domaines génériques, définie par
l'International ad hoc committee sous l'impulsion des institutions de
l'Internet (Internet Society et IANA) et placée sous l'égide
de l'Union internationale des télécommunications,
constitue une base de départ appropriée. Si le contenu de cette
réforme peut sans doute être amélioré, les
évolutions du système des noms de domaines doivent être
discutées dans ce cadre et ne sauraient être définies
ou mises en oeuvre de manière unilatérale par un Etat, quel
qu'il soit.
d le développement de lindustrie
européenne des contenus et des services : le développement
dune offre européenne de contenus et de services par
voie électronique représente un potentiel de toute
première importance en termes de créations demplois,
tout en permettant la valorisation des richesses culturelles et linguistiques
européennes.
LUnion européenne peut répondre à
ces défis en soutenant activement le renforcement des
industries européennes de contenus et en veillant à
laccès du plus grand nombre à ceux-ci.
e - la protection de la propriété
intellectuelle : deux traités sur le droit dauteur,
les droits des artistes-interprètes et des producteurs de
phonogrammes ont été conclus en 1996 au sein de lOrganisation
mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), en vue
dassurer une protection élargie des uvres ou prestations,
incluant la forme électronique des uvres ou prestations.
La négociation sur la proposition de directive
sur les droits d'auteurs et les droits voisins dans la Société
de l'Information, qui complétera le cadre communautaire
existant sur les droits d'auteurs et les droits voisins, doit être
rapidement achevée, en vue dassurer un niveau élevé
et efficace de protection ainsi que le développement de la création
et de la diffusion dun contenu de qualité.
f - les marchés publics : compte
tenu de leffet structurant que revêtiront les procédures
de passation des marchés publics au niveau communautaire, à
la fois dans l'intégration du marché intérieur
et pour lutilisation du commerce électronique, les
travaux communautaires en cours sur la mise en ligne des appels doffre
et des procédures associées en Europe (programme SIMAP) doivent
être accélérés avec une meilleure
participation des Etats-membres et des opérateurs économiques.
g - règles de concurrence :
il conviendra de veiller à ce que des normes ou standards
de fait ne conduisent pas à fausser le jeu de la concurrence
et à freiner linnovation parce quils refléteraient
la position dominante dun fournisseur ou dun pays.
h - la criminalité informatique : le
risque existe que le commerce électronique puisse être
utilisé à des fins de transactions illégales,
soit ponctuelles, soit liées à la criminalité
organisée. Le possible anonymat, la rapidité des transactions, le
caractère obsolète des contrôles actuellement en
place peuvent faciliter la tâche des criminels qui cherchent à
dissimuler l'origine illicite de leurs profits.
Le Groupe d'Action Financière Internationale sur le
blanchiment de capitaux a manifesté son inquiétude à
cet égard et cette préoccupation a fait lobjet de
réflexions lors de la Conférence ministérielle
de Boston en décembre 1997.
Le combat contre ces nouvelles formes de criminalité
nécessite une plus grande coopération
internationale en matière judiciaire et policière. LUnion
européenne doit évoquer cette question dans les
prochains mois en sappuyant sur les travaux du G7-P8.
i - infrastructures et plates-formes
: il ne saurait y avoir de développement du commerce électronique
sans bases techniques fortes (infrastructures, équipements,
logiciels).
L'effort européen de recherche et de développement
dans ce domaine, qui se concrétise par le Vème PCRD, ne
doit donc pas être ralenti.
Il est ainsi essentiel, à l'image des efforts du
Gouvernement américain, d'orienter les
efforts financiers du Vème PCRD en faveur de l'amélioration
de la qualité de l'interconnexion européenne ainsi que
du renforcement du "coeur de réseau" européen ("backbone")
en vue d'assurer une qualité améliorée du trafic
et de suivre sa croissance quantitative.
III - L'expression de la position européenne dans les
débats internationaux
La nature internationale du commerce électronique réduit
lefficacité des initiatives purement nationales et
milite en faveur dun consensus communautaire ou international à
dégager chaque fois que cela est possible sur les objectifs à
poursuivre et les meilleurs moyens de les atteindre.
· Le cadre juridique
international existant est déjà non négligeable
: plusieurs accords conclus récemment contribuent en effet à
créer un cadre juridique général pour le
commerce électronique mondial
· Toutefois, à lheure
actuelle, les pionniers du commerce électronique opèrent
dans un environnement réglementaire international encore
fragmenté.
Comme pour le marché unique, les législations
nationales existantes ou futures dans différents domaines
(signatures numériques, protection des données et
respect de la confidentialité, droit des contrats, nouveaux
moyens de paiement électroniques...) risquent de dresser des
barrières commerciales qui freineront le développement du commerce
électronique à léchelle planétaire.
Il convient donc de trouver des solutions pour fournir
au commerce électronique un cadre réglementaire international
cohérent.
· Or la rapidité
avec laquelle s'engagent aujourd'hui un grand nombre de négociations
internationales sur des sujets cruciaux pour le commerce électronique,
rend absolument nécessaire de mettre en place dans les plus
brefs délais une approche communautaire partagée du
commerce électronique pour lEurope.
· De ce point de vue,
plusieurs échéances déterminantes attendent
l'Europe et, principalement, celle de la Conférence ministérielle
sur le Commerce électronique à Ottawa (dans le cadre
de l'OCDE), des 7 au 9 octobre 1998, pour laquelle il apparaît
essentiel que les Etats européens ainsi que lUnion
européenne aient défini des positions internationales claires et
harmonisées.
LUnion européenne doit donc conclure rapidement
ses efforts, tant au sein des instances internationales compétentes
que dans le cadre de ses relations avec ses principaux partenaires
commerciaux, en vue de l'établissement très rapide de
cadres réglementaires cohérents à léchelle
planétaire.
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