DISCUSSION A L'ASSEMBLEE NATIONALE DU PROJET DE LOI RELATIF
AUX EXPERIMENTATIONS DANS LE DOMAINE DES TECHNOLOGIES ET SERVICES DE
L'INFORMATION SEANCE DU 30 JANVIER 1996 EXTRAITS
PRESENTATION DU PROJET DE LOI
François FILLON, Ministre délégué à la
Poste, aux Télécommunications et à l'Espace
(...)"Il
est encore temps de mobiliser les énergies et la capacité créatrice
des Français mais, demain, il sera trop tard. Nous ne devons pas manquer
notre entrée dans la société de l'information, sinon les
inforoutes seront investies et maîtrisées par nos concurrents,
notre culture et notre langue seront marginalisées, nos produits seront écartés
des flux du commerce électronique. Une telle hypothèse est évidemment
inacceptable.
Face à ce défi qui nous est lancé, nous devons réagir.
Mieux, nous devons essayer de profiter de la redistribution des cartes que
suppose toute révolution technologique pour placer notre pays au premier
rang. Tel est, d'une certaine manière, l'objet de ce projet de loi qui
vous propose une démarche tout à la fois ambitieuse et
pragmatique.
Nous sommes dans un contexte extrêmement nouveau. Il y a quelques années,
confronté à un tel défi, notre pays aurait réagi
par une démarche très construite, très étatique, en
élaborant un plan, comme cela fut le cas pour le rattrapage du réseau
téléphonique, pour le câble ou pour la mise en place du
Minitel. Seulement, le monde autour de nous a changé : l'ouverture à
la concurrence du secteur des télécommunications est désormais
programmée au sein de l'Union Européenne ; la mondialisation des
systèmes d'information est une réalité ; les technologies évoluent
à un rythme extraordinairement rapide, enfin, il règne une grande
incertitude quant à la demande que susciteront ces nouveaux services.
Telles sont les raisons pour lesquelles le Gouvernement a décidé
d'expérimenter plutôt que de décréter et de vous
proposer non pas un plan fibre optique national, comme certains le préconisaient,
mais une démarche pragmatique afin de tester des technologies,
l'attention des utilisateurs, la réalité de la demande et la
solvabilité des projets."(...)
(...)"Ce projet de loi a été rendu indispensable par le
fait que plusieurs des expérimentations labellisées par le
Gouvernement ne pourraient pas être mises en oeuvre sans une modification
des dispositions soit de la loi 1990 sur les télécommunications,
soit de celle de 1986 sur l'audiovisuel."(...)
(...)"Le projet de loi qui vous est présenté est en fait
extrêmement pragmatique. Conformément à la démarche
retenue par le Gouvernement, il nous permettra de tester l'offre technique, d'évaluer
plus précisément la demande et de mesurer la solvabilité
des projets, autant de préalables nécessaires avant que nous ne
nous lancions dans de plus vastes investissements.
Ce texte institue un régime
de licence expérimental qui permettra des dérogations aux deux
textes que je viens de citer, pour une durée strictement limitée
et dans une aire géographique définie. Il s'agira d'expériences
de services de télécommunications avancés -par exemple la
mise en place de téléports, c'est-à-dire de plates-formes
offrant, sur une zone d'affaires, un large éventail des services- ;
d'expériences d'utilisation des réseaux câblés
offrant, à côté d'une gamme de services en ligne multimédia,
le service téléphonique ; d'expériences de vidéo à
la demande et d'expériences de nouvelles technologies audiovisuelles.
Il s'agit aussi d'un projet de loi ciblé, tant dans le temps et dans
l'espace que dans les projets. C'est pour cela que j'ai souhaité en
encadrer le dispositif.
D'abord, il sera d'une durée limitée : les autorisations expérimentales
ne pourront être délivrées que pendant les trois prochaines
années et il est prévu qu'elles seront révisées pour
être alignées sur le futur droit commun.
Les autorisations seront, elles aussi, d'une durée limitée :
elle ne seront valables que pour une période de cinq ans au plus.
Elles seront également limitées dans l'espace : les projets
ponctuels sont circonscrits à un réseau câblé ou à
un quartier d'affaires dans le cas des téléports.
Enfin, la sélection de ces projets s'effectuera sur la base de critères
spécifiques : intérêt général et caractère
innovant du projet, conditions d'association des utilisateurs, viabilité
économique. Une dizaine de projets nécessitant des dérogations
sont à ce jour éligibles.
Un régime de dérogation se devait d'être simple pour être
rapidement mis en oeuvre. Il s'appuie donc sur les autorités existantes
-le ministère en charge des télécoms pour les télécommunications
et le CSA, s'agissant de l'audiovisuel- et sur les dispositifs d'autorisation
existants : régime des mobiles pour les télécommunications,
régime des autorisations et des conventions pour le CSA dans le domaine
de l'audiovisuel.
Ce texte n'exigera aucun décret d'application. Il pourra donc être
mis en oeuvre dès que le Parlement l'aura adopté.(...)
[(...)]
DISCUSSION DE L'ARTICLE 2
Francis SAINT-ELLIER, rapporteur
(...)"Monsieur le Ministre, je souhaitais vous interroger sur la notion
d'utilisateur à laquelle fait référence l'article 2 pour
fixer une limite aux expérimentations touchant l'établissement et
l'exploitation d'infrastructures de téléphone et sur le nombre
maximum de 20 000 utilisateurs que le projet de loi arrête."(...)
Réponse de François FILLON
(...)"Nous sommes conscients que le terme "utilisateur" n'est
pas parfait. Nous en avions envisagé d'autres -"raccordements",
"clients"- mais aucun n'était réellement satisfaisant.
En effet, la référence doit tout aussi bien s'appliquer à
des projets grand public, ceux par exemple présentés par les
collectivités locales, qu'à des projets plus professionnels, comme
ceux des téléports.
Nous avons finalement opté pour le terme "utilisateur", qui désignera
les personnes physiques ou morales bénéficiant de la prestation
d'un service offert par les titulaires d'une licence expérimentale.
Selon les projets, il pourra s'agir d'abonnés résidentiels ou de
particuliers, tels ceux qui auront accès à des services municipaux
proposés par des collectivités locales ou encore des entreprises
clientes installées sur des sites particuliers.
[(...)]
Claude GAILLARD, Président de séance
"M. CABAL a présenté un amendement, n 12 rectifié,
ainsi libellé :
(...)"Rédiger ainsi le début du troisième alinéa
de l'article 2 :
"2 A la demande ou après avis des communes, de leurs groupements,
ou de syndicats mixtes, la fourniture,... (Le reste sans changement.)"(...)
La parole est à M. Christian CABAL."
Christian CABAL
"Dans la discussion générale, plusieurs de mes collègues
sont intervenus à propos de l'intervention des communes au stade de
l'autorisation ou de l'attribution de licences. M. le Ministre a répondu
et, pour l'essentiel, je partage son point de vue.
Néanmoins, il paraît relativement logique que les communes émettent
un avis sur cette autorisation. L'amendement initial a été modifié
afin de ne plus mentionner qu'un avis des communes."
[(...)]
Réponse de François FILLON
"Ainsi que je l'ai déjà indiqué, les communes n'ont
pas aujourd'hui de compétences dans le domaine des réseaux de télécommunication.
Il serait d'ailleurs dangereux de subordonner à un avis conforme des
communes les ouvertures de réseaux. Cela équivaudrait à
leur donner un véritable pouvoir de régulation, qui n'existe
nulle part ailleurs. Je suis plutôt pour une clarification des compétences
entre les communes, qui sont des acteurs, et le régulateur.
Toutefois, M. CABAL ayant modifié son amendement qui ne prévoit
plus qu'une procédure d'avis et non plus d'avis conforme, le
Gouvernement n'émettra pas un avis défavorable."
MISE EN PLACE D'UN OBSERVATOIRE DES EXPERIMENTATIONS
Le Président de séance
"M. HAGE et les membres du groupe communiste ont présenté
un amendement, n 27, ainsi rédigé :
"Après l'article 5, insérer l'article suivant :
"Un rapport d'information sur l'évolution de ces projets expérimentaux
sera remis au Parlement, tous les ans, par le Ministre compétent;"
La parole est à M. Georges HAGE.
Georges HAGE
"Cet amendement est justifié par l'importance des enjeux
industriels et culturels liés aux autoroutes de l'information."
Le Président de séance
"Quel est l'avis de la commission ?"
Francis SAINT-ELLIER, rapporteur
"La commission a repoussé l'amendement proposé par M. HAGE.
Le dépôt d'un rapport annuel constituerait une procédure très
lourde et excessive.
En revanche, j'ai proposé aux commissaires, qui m'ont suivi, qu'une
mission d'information fasse le point chaque année sur l'évolution
de l'ensemble des projets expérimentaux. Mais naturellement, cela ne
peut pas figurer dans le cadre de la loi."
Le Président de séance
"Quel est l'avis du Gouvernement ?"
François FILLON
"J'ai moi-même proposé tout à l'heure qu'un
observatoire des expérimentations soit mis en place. Il pourrait
associer très largement le Parlement.
Cette formule me semble plus satisfaisante et moins lourde que le dépôt
d'un rapport annuel."
Le Président de séance
"Je mets aux voix l'amendement n 27."
(L'amendement n'est pas adopté.)
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